Archives mensuelles : janvier 2006

4 – La révolution industrielle

La révolution industrielle (1, 2, 3) est due à la découverte et à l’exploitation par l’homme des énergies dites “fossiles (4)” (charbon, pétrole, gaz). Partie d’Angleterre au 18ème siècle, cette révolution continue à s’étendre de nos jours sur toute la planète et à bouleverser nos modes de vie.

Alors que la révolution néolithique (article précédent) était apparue de façon indépendante dans divers centres étalés dans l’espace (sur toute la planète) et dans le temps (sur plusieurs millénaires), la révolution industrielle s’est propagée à partir d’un seul centre et s’est répandue en quelques siècles seulement. C’est donc une révolution beaucoup plus rapide et à bien plus grande échelle. Il n’est donc pas étonnant que ses conséquences soient encore plus dramatiques.

  machine_vapeur La machine à vapeur de James Watt
qui déclencha la révolution industrielle

Son premier effet a été de résoudre pour un temps le problème de la surpopulation soulevé par Malthus. Grâce à la mécanisation de l’agriculture, aux engrais et pesticides industriels, et aux progrès dans le conditionnement et le transport des produits alimentaires, la population du globe est passée d’environ 600 millions d’individus en 1800 à 6 milliards (5) à la fin du 20ème siècle (octobre 1999).

Un autre effet majeur est un accroissement considérable des biens de consommation avec les conséquences que l’on sait pour l’homme et pour l’environnement: exode rural et concentration urbaine observés en Europe dès le 19ème siècle, pollution, etc…

Un troisième effet est une accélération du progrès technique auquel l’homme doit sans cesse s’adapter. Alors que la révolution industrielle se poursuit toujours, une nouvelle révolution dite de l’information et de la communication apparaît déjà dont nous ne mesurons pas encore les conséquences.

Une conséquence générale du progrès est la création d’inégalités dans la distribution des richesses non seulement entre les individus mais aussi entre les nations qui auront progressé avec plus ou moins de retard. Une autre conséquence est la crise qu’elle provoque dans la transmission des connaissances d’une génération à l’autre d’où une crise de l’éducation, ou plus généralement une crise de la culture (6).

Comme nous l’avons vu pour pour la révolution néolithique, une fois démarrée la révolution industrielle ne pouvait que s’étendre sur toute la surface de la planète. Imaginons un instant un pays qui aurait maîtrisé son expansion démographique et n’aurait nul besoin d’industrialisation. Comment pourrait-il résister à la pression exercée par les nations industrialisées qui l’entourent? D’où l’inévitable mondialisation plus dramatique aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été.

Ainsi l’homme est pris entre un passé familier mais qu’il est contraint d’abandonner et un avenir toujours menaçant. Comme l’a très bien décrit Kafka, “il a deux antagonistes: le premier le pousse de derrière, depuis l’origine. Le second barre la route devant lui. Il se bat avec les deux. Certes, le premier le soutien dans son combat contre le second car il veut le pousser en avant et de même le second le pousse en arrière. Mais il n’en est ainsi que théoriquement. Car il n’y a pas seulement les deux antagonistes en présence mais aussi, encore lui-même, et qui connaît réellement ses intentions? Son rêve, cependant, est qu’une fois, dans un moment d’inadvertance —et il y faudrait assurément une nuit plus sombre qu’il n’y en eu jamais— il quitte d’un saut la ligne de combat et soit élevé, à cause de son expérience du combat, à la position d’arbitre sur ses antagonistes dans leur combat l’un contre l’autre” (7).

L’homme saura-t’il un jour prendre son destin en main?

(1) http://www.linternaute.com/histoire/motcle/4660/a/1/1/revolution_industrielle.shtml
(2) http://icp.ge.ch/po/cliotexte/xviiie-et-xixe-siecle-revolution-industrielle-liberalisme-socialisme/revolution.industrielle.3.html
(3) Jean-Pierre Rioux, La révolution industrielle, 1780-1880 (Seuil, 1989)
(4) http://www.explorateurs-energie.com/index.php/les-energies/fossiles
(5) http://www.un.org/esa/population/publications/sixbillion/sixbilpart1.pdf
(6) Hannah Arendt, La crise de la culture (Gallimard, 1972)
(7) Cité par Hannah Arendt dans l’ouvrage précédent dont le titre anglais est “Between past and future” (entre le passé et le futur).