{"id":277,"date":"2014-12-21T16:18:30","date_gmt":"2014-12-21T15:18:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francois-roddier.fr\/?p=277"},"modified":"2014-12-21T18:09:37","modified_gmt":"2014-12-21T17:09:37","slug":"72-les-quatre-saisons-de-leconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.francois-roddier.fr\/?p=277","title":{"rendered":"72 &#8211; Les quatre saisons de l\u2019\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9conomistes reconnaissent l\u2019existence de cycles \u00e9conomiques sans en comprendre les raisons. Les travaux de Per Bak ont montr\u00e9 que les structures dissipatives oscillent constamment autour de leur point critique. Il parait donc naturel d\u2019identifier les cycles \u00e9conomiques aux cycles des structures dissipatives que sont les soci\u00e9t\u00e9s humaines (1).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ces cycles ne sont pas p\u00e9riodiques mais al\u00e9atoires. Statistiquement, leur amplitude est inversement proportionnelle \u00e0 leur fr\u00e9quence. Dans mon billet 64, j\u2019ai montr\u00e9 que les \u00e9conomies agricoles traditionnelles sont rest\u00e9es relativement stables parce qu\u2019elles se sont synchronis\u00e9es sur les saisons. Dans ce cas, le cycle \u00e9conomique devient p\u00e9riodique et sa p\u00e9riode est l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>On peut aller plus loin et assimiler les cycles \u00e9conomiques \u00e0 ceux d\u2019un moteur \u00e0 quatre temps. Cela est possible si l\u2019on g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie la notion de temp\u00e9rature comme je l\u2019ai fait dans mon billet 49. Tout ing\u00e9nieur sait qu\u2019un moteur thermique op\u00e8re par \u00e9changes d\u2019\u00e9nergie entre deux sources de chaleur, une source chaude et une source froide. L\u2019\u00e9quivalent \u00e9conomique est une oscillation entre des p\u00e9riodes o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie est abondante donc bon march\u00e9 et des p\u00e9riodes o\u00f9 elle est rare donc ch\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9conomie agricole ces deux p\u00e9riodes sont l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019hiver. Elles correspondent aux deux isothermes du cycle d\u2019un moteur thermique. L\u2019\u00e9nergie est fournie par la production agricole. C\u2019est elle qui nous fait vivre. L\u2019\u00e9t\u00e9 cette production est abondante. L\u2019agriculteur va en garder une partie pour sa propre consommation et mettre le reste en r\u00e9serve pour l\u2019hiver. L\u2019\u00e9t\u00e9 correspond \u00e0 l\u2019admission de vapeur tr\u00e8s chaude dans le cylindre. Celle-ci pousse le piston et fait avancer la machine. De m\u00eame, il y a une forte production alimentaire qui propulse l\u2019\u00e9conomie. Comme dans un volant d\u2019inertie, une bonne partie de cette richesse est mise en r\u00e9serve. L\u2019hiver, c\u2019est l\u2019oppos\u00e9. La temp\u00e9rature \u00e9tant au plus bas, l\u2019agriculteur vit sur ses r\u00e9serves. L\u2019automne et le printemps correspondent \u00e0 des transformations adiabatiques. Il n\u2019y a ni accumulation de richesses, ni utilisation de r\u00e9serves.<\/p>\n<p>Les \u00e9conomies agricoles sont stables parce que l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019hiver est pr\u00e9visible. L\u2019agriculteur sait quand l\u2019hiver va arriver et ce qu\u2019il doit mettre en r\u00e9serve pour subsister. Il sait aussi qu\u2019un nouvel \u00e9t\u00e9 surviendra apr\u00e8s l\u2019hiver. Depuis deux cents ans, l\u2019humanit\u00e9 vit sur ses r\u00e9serves d\u2019\u00e9nergie fossiles, d\u2019abord la houille, puis le p\u00e9trole. Mal connue, l\u2019\u00e9tendue de ces r\u00e9serves est suffisante pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Mais, l\u2019homme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9voir ses besoins pour les g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Pire, peu instruits en biologie ou en thermodynamique, la majorit\u00e9 de nos \u00e9conomistes ignorent encore le r\u00f4le fondamental jou\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie dans la survie des esp\u00e8ces animales ou v\u00e9g\u00e9tales. En d\u00e9pit des mutiples signaux d\u2019alertes lanc\u00e9s par les scientifiques, peu se sont souci\u00e9s de l\u2019alimentation en \u00e9nergie des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>On s\u2019inqui\u00e8te enfin aujourd\u2019hui de nos r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res. On aurait atteint un pic p\u00e9trolier correspondant \u00e0 l\u2019utilisation de la moiti\u00e9 de nos ressources. En termes de cycle \u00e9conomique, cela veut dire que nous avons parcouru la moiti\u00e9 d\u2019un cycle. L\u2019humanit\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 utiliser s\u00e9rieusement ses r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res d\u00e8s la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Si l\u2019on compare cela aux quatre saisons de l\u2019\u00e9conomie d\u00e9crites plus haut, l\u2019\u00e9t\u00e9 correspondrait \u00e0 ce qu\u2019on appelle les trente \u00ab\u00a0glorieuses\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la p\u00e9riode de 1945 \u00e0 1975, et l\u2019automne correspondrait \u00e0 la p\u00e9riode de 1975 \u00e0 2005. Nous sommes \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019hiver. Celui-ci va s\u2019\u00e9tendre de 2005 \u00e0 2035 (2). C\u2019est la p\u00e9riode durant laquelle l\u2019\u00e9conomie vit sur ses r\u00e9serves. \u00c0 la fin de l\u2019hiver, un nouveau cycle recommence fond\u00e9 sur de nouvelles sources d\u2019\u00e9nergie. Celles-ci devraient peu \u00e0 peu relayer le p\u00e9trole, \u00e0 condition de les avoir pr\u00e9vues.<\/p>\n<p>Parce que l\u2019\u00e9nergie y est abondante et bon march\u00e9, l\u2019agriculteur fait ses r\u00e9serves l\u2019\u00e9t\u00e9 en pr\u00e9vision de l\u2019ann\u00e9e suivante. Il fallait donc investir pour le cycle suivant durant les trentes glorieuses. Personne n\u2019y a song\u00e9. Les \u00e9cologistes ont donn\u00e9 l\u2019alerte dans les ann\u00e9es 70, c\u2019est-\u00e0-dire au d\u00e9but de l\u2019automne. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard. De plus, ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9s. Ils sont aujourd\u2019hui \u00e9cout\u00e9s, mais c\u2019est beaucoup trop tard. Ce n\u2019est pas au d\u00e9but de l\u2019hiver qu\u2019on songe \u00e0 faire des r\u00e9serves. Nos chers \u00e9conomistes devraient relire la fable de La Fontaine sur la cigale et la fourmi.<\/p>\n<p>Il est facile maintenant de pr\u00e9voir ce qui va arriver. Comme la cigale qui met des ann\u00e9es \u00e0 se d\u00e9velopper sous terre, notre civilisation a mis des si\u00e8cles \u00e0 se d\u00e9velopper gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019agriculture. Comme elle, elle a subi une mue. Nous l\u2019appelons r\u00e9volution industrielle. Faute d\u2019avoir pr\u00e9vu des r\u00e9serves, notre civilisation va s\u2019effondrer. Les simulations du club de Rome disent avant le milieu de ce si\u00e8cle ce qui est consistant avec les estimations ci-dessus.<\/p>\n<p>Comme le font les cigales l\u2019\u00e9t\u00e9, les civilisations se reproduisent. Une nouvelle civilisation na\u00eetra fond\u00e9e sur une autre vision du monde. Ce blog peut \u00eatre vu comme une participation au processus de reproduction. Il tente d\u2019ajouter de nouvelles graines \u00e0 toutes celles qui seront susceptibles de cr\u00e9er cette nouvelle vision.<\/p>\n<p>(1) Fran\u00e7ois Roddier, Thermodynamique de l\u2019\u00e9volution, Parole \u00e9d., p. 122.<br \/>\n(2) Il est \u00e0 noter que la longueur de ces saisons correspond \u00e0 celle d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9conomistes reconnaissent l\u2019existence de cycles \u00e9conomiques sans en comprendre les raisons. Les travaux de Per Bak ont montr\u00e9 que les structures dissipatives oscillent constamment autour de leur point critique. Il parait donc naturel d\u2019identifier les cycles \u00e9conomiques aux cycles des structures dissipatives que sont les soci\u00e9t\u00e9s humaines (1). 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