130 – La mondialisation.

Le lecteur de ce blog doit se demander pourquoi j’ai consacré deux billets successifs à parler de la culture française. La raison est que celle-ci tend à disparaître. Autrefois considérée comme étant la langue diplomatique, la langue française est de plus en plus remplacée par la langue anglaise. Lorsqu’on voyage, on retrouve partout les mêmes aéroports avec la même nourriture internationale, celle des États-Unis.

On parle de mondialisation, mais c’est la mondialisation du modèle américain ou plus précisément du modèle californien, c’est-à-dire celle de la partie des États-Unis qui a réussi (Hollywood, Google, Facebook). Les jeunes français semblent fascinés par cette culture. Ils ne sont pas les seuls: tous les pays développés s’uniformisent. À quoi est due cette uniformisation?

D’abord à l’explosion des moyens de transport. Mon premier voyage aux États-Unis date de 1950. À cette époque, on traversait l’Atlantique en paquebot. La traversée durait 5 jours. Le matin du dernier jour, j’ai vu apparaître dans la brume la statue de la liberté: un spectacle inoubliable. Vingt huit ans plus tard, j’ai traversé ce même océan en trois heures, à bord de l’avion supersonique Concorde. À l’arrivée, j’ai pris ma voiture pour m’endormir peu après, garé au bord au bord de la route. J’aurais sans doute mieux dormi si j’avais pris un avion ordinaire. Aujourd’hui, Concorde n’existe plus. Aurait-on découvert que la croissance a des limites?

Après l’explosion des moyens de transport est venue celle des moyens de communication. Dans les années 60, il fallait attendre 6 mois pour obtenir le téléphone chez soi. Aujourd’hui, tout le monde a l’internet et communique avec Facebook. Non seulement on a toujours son téléphone sur soi, mais on le remplace de plus en plus par ce qu’on appelle des « smartphones », de véritables ordinateurs de poche qui s’interconnectent les uns aux autres.

Or les biologistes nous disent que la robustesse d’un écosystème est liée à son interconnectivité. Plus son interconnectivité est grande, plus l’écosystème se développe, mais plus il devient fragile. il existe une interconnectivité optimale au delà de laquelle l’écosystème tend à s’effondrer. Nous avons vu qu’on peut aisément transposer ce résultat aux sociétés humaines (billet 116). Nos sociétés actuelles ont une très grande interconnectivité. Celle-ci maximise leur efficience, c’est-à-dire leur aptitude à produire des biens matériels. Elle favorise ce qu’on appelle la croissance économique. Mais plus une société est interconnectée, plus elle devient fragile et dès qu’un lien cède tout peut s’effondrer. C’est le cas d’une société mondialisée dont la culture devient unique. Il semble donc grand temps de démondialiser l’économie et de restaurer la diversité des cultures.

Je voudrais donner ici une lueur d’espoir. Une des caractéristiques de la culture française, qui la distingue de la culture anglaise ou allemande, est le sens de l’égalité. Emmanuel Todd lie cette caractéristique aux règles d’héritage (absence de droit d’ainesse). Le mouvement des gilets jaunes en faveur d’une plus grande égalité sociale semble en être l’expression. Il redonne de l’espoir: la culture française n’a pas encore totalement disparu.


11 réflexions sur « 130 – La mondialisation. »

  1. Certes l’essentiel n’a pas (encore) disparu. Mais il faudra sans doute attendre l’effondrement (probable) du système lui-même pour retrouver une marge de manœuvre en faisant flèche de tous bois. Nous sommes au milieu de gué. Dans tous les cas, les vents sont violents. Cordialement.

  2. bonjour, Il n’est pas que le jeune français qui est fasciné par la culture américaine. C’est les USA qui impose leur modèle par leur présence militaire imposante sur le monde. Je vis en Asie et ici aussi cette culture envahis tout. Cette domination militaire est une tension permanente, où que l’on soit , on peux croiser un navire de guerre américain. Dans la paquetage, il se trouve la culture, ( la hard et la soft influence). Cette hégémonie nous mène a la catastrophe écologique que l’on connais car le modèle est destructeur d’écologie.

    1. @Jean Brenat

      Ce concept est certainement utile mais à l’ère de l’information, il me semble que le concept de noosphère de P. Teilhar de Chardin – voire de noopolitique – permet ou permettrait d’élargir cette interconnectivité à un cercle non-limité d’individus.

      Je ne suis pas certain que le terme de « pensée globale », souvent utilisé pour définir ce qui résulterait d’une étude statistique du partage d’information par un nombre très élargi ou illimité d’individus, soit le terme approprié, ni-même que l’on puisse parler d’un « partage » conscient de l’information, comme pour le Nombre de Dunbar…
      Cependant, ce concept semble intéresser au plus haut point certains gouvernements et notamment celui de la Russie puisque Poutine à fait de Anton Vaïno, concepteur d’un « nooscope » l’un de ses principaux conseillers et je suis quasiment certain que Xi utilise également cet outil pour élaborer sa politique et sa communication.

      Concrètement, le site d’info ”Newsmap” est une application plus ou moins imparfaite de ce principe.

      https://www.espacestemps.net/articles/newsmap/

      Pour autant, je ne suis pas assez qualifié pour affirmer qu’un tel concept, s’il était à la disposition de tous, serait en mesure de contredire l’affirmation qu’« il existe une interconnectivité optimale au delà de laquelle l’écosystème tend à s’effondrer »… Toutefois, il me semble que l’étude de cette forme de Epensée-collective ou de Econscience-collective pourrait jouer un rôle important, voire majeur, pour éloigner cette perspective d’effondrement ou en limiter les effets en termes de durée et d’intensité, en favorisant l’émergence d’une conscience collective concrète, partagée par toute l’Humanité et donc de solutions satisfaisantes et durables à ses problèmes collectifs majeurs.

      @Jean Brenat

      Ce concept est certainement utile mais à l’ère de l’information, il me semble que le concept de noosphère de P. Teilhar de Chardin – voire de noopolitique – permet ou permettrait d’élargir cette inter connectivité à un nombre non-limité d’individus.
      Ce concept n’annule pas celui du ”Nombre de Dunbar” mais s’y superpose et le dépasse.

      Je ne suis pas certain que le terme de « pensée globale », souvent utilisé pour définir ce qui résulterait d’une étude statistique du partage d’information par un nombre très élargi ou illimité d’individus, soit le terme approprié, ni-même que l’on puisse parler d’un « partage » conscient de l’information, comme pour le Nombre de Dunbar…
      Cependant, ce concept semble intéresser au plus haut point certains gouvernements et notamment celui de la Russie puisque Poutine à fait de Anton Vaïno, concepteur d’un « nooscope » l’un de ses principaux conseillers et je suis quasiment certain que Xi utilise également cet outil pour élaborer sa politique et sa communication.

      Concrètement, le site d’info ”Newsmap” est une application plus ou moins imparfaite de ce principe.

      https://www.espacestemps.net/articles/newsmap/

      Pour autant, je ne suis pas assez qualifié pour affirmer qu’un tel concept, s’il était à la disposition de tous, serait en mesure de contredire l’affirmation qu’« il existe une interconnectivité optimale au delà de laquelle l’écosystème tend à s’effondrer »… Toutefois, il me semble que l’étude de cette forme de E-pensée-collective ou de E-conscience-collective pourrait jouer un rôle important, voire majeur, pour éloigner cette perspective d’effondrement ou en limiter les effets, en favorisant l’émergence d’une conscience collective concrète, partagée par toute l’Humanité et donc de solutions satisfaisantes et durables à ses problèmes collectifs majeurs.

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      1. @Marc
        La vision de Pierre Teilhar de Chardin est une vision anthropo-centrée.

        Même si elle est intellectuellement extrêmement séduisante, je ne la partage pas car j’ai pris mes distances avec le bourrage de crâne du dogme religieux qui prétend que l’on a été extrait du règne animal par la Main Invisible pour le dominer.

        Ma conviction qu’il n’en est rien est que nous formons partie du vivant sans y occuper une place particulière.

        L’univers étant cyclique (au delà des cycles de Turchin et Nefedov voir également les analyses de Martin Armstrong), il n’y pas de « début » ni de « fin », pas d’alpha ni d’omega

        Mais je pars en hors-sujet et pour en revenir à la thématique de la coopération des individus d’un effectif nettement supérieur à celui du nombre de Dunbar, les médias audiovisuels et les réseaux sociaux, employés de façon massive, sont un moyen d’y parvenir.

        Mais là, mon sentiment est que l’on est plus dans le domaine de la manipulation des foules que de la coopération des individus …

  3. Bonjour Mr Roddier,
    A votre avis , peut-on faire un lien entre l’attractivité de la culture américaine et l’incroyable capacité des américains à transformer toujours plus d’énergie (quoi qu’il en coute…) ?
    Autrement dit, le rêve américain n’est il malheureusement pas l’attrait universel de tout système à transformer de plus en plus d’énergie ?
    Pourquoi la culture de la coopération n’a pas pris le pas sur la culture de la compétition si cette dernière est moins efficace ?

    1. La compétition favorise l’efficience tandis que la coopération favorise la résilience. Lorsqu’une société traverse une phase de croissance, il est bon de choisir la compétition. Lorsqu’elle traverse une phase de crise, il vaut mieux choisir la coopération. Les cycles séculaires de Turchin et Nefedov durent aujourd’hui 120 ans. 1918-1948: phase de dépression. 1948-1978: phase de croissance (30 glorieuses). 1978-2008: phase de stagflation. 2008-2038: phase de crises. Aujourd’hui la coopération s’impose, mais nos dirigeants ne l’ont pas encore compris.

      1. Je suis d’accord.

        pour la dernière phrase « Aujourd’hui la coopération s’impose, mais nos dirigeants ne l’ont pas encore compris », je partage l’analyse de Philippe Grasset (site dedefensa.org) pour qui la cause de cette « incompréhension » réside non dans un manque d’intelligence et de sens critique, mais plutôt dans leur perte du sens de la mesure, pathologie appelée « hybris » dans la Grèce Antique.

    1. extrait du billet 86:

      « Il arrive un moment ou la fraction 1-α de mémoire disponible devient insuffisante, de sorte que les capacités d’adaptation de la structure n’augmentent plus et même diminuent. Il existe une valeur de α pour laquelle la capacité d’adaptation est optimale. »

      au delà d’un effectif, correspondant au nombre de Dunbar, de 150 individus environ (fourchette de 100 à 230), les interactions entre primates (humains compris) sont de moins en moins efficaces.

      Cela doit correspondre au moment ou la fraction 1-α de mémoire disponible devient insuffisante.

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