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142 – L’effondrement de l’empire romain

Mes précédents billets montrent que les caractéristiques de nos sociétés actuelles se rapprochent de celles des sociétés en voie d’effondrement.

Un des exemples les mieux connus d’effondrement de société est l’effondrement de l’empire romain. Que nous apprend-il sur notre société actuelle? Pour le savoir, on peut se référer au livre de Kyle Harper intitulé: « Comment l’empire romain s’est effondré? » (1). On y apprend que l’effondrement de l’empire romain est lié essentiellement à deux facteurs: un changement climatique et une modification de l’environnement. Cela ressemble étrangement à ce qui se passe aujourd’hui.

De nos jours, on parle beaucoup de réchauffement climatique. En cette période de canicule, je pense que même le lecteur le plus sceptique aura du mal à douter de sa réalité. Les scientifiques attribuent ce réchauffement au taux croissant de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Celui-ci serait dû à l’activité humaine. Nous serions ainsi responsables de nos propres malheurs.

Kyle Harper montre qu’à la fin de leur empire, les romains auraient été aussi responsables de leurs propres malheurs. Le développement des bains publics aurait favorisé la naissance des épidémies dont la propagation a été assurée par le commerce.

Ainsi, en se développant, les sociétés modifient leur propre environnement au point que celles-ci finissent par s’effondrer. L’exemple de la fin de l’empire romain est à méditer si l’on veut comprendre où mène l’évolution de nos sociétés actuelles.

(1) Comment l’empire romain s’est effondré (le climat, les maladies et la chute de Rome) par Kyle Harper, préface de Benoit Rossignol, La découverte, janvier 2019.


141 – Le phénomène de condensation des richesses

Nous avons vu que, lorsqu’une société traverse une phase de crise, sa production économique s’effondre le long de ce que nous avons appelé la falaise de Sénèque (figure du billet 93).

En physique, la falaise de Sénèque correspond au palier de la surface de van de van der Waals, le long duquel un fluide est en équilibre sous deux phases: une phase vapeur et une phase liquide dans laquelle la vapeur se condense. Dans mon livre Thermodynamique de l’évolution (section 13.5) je montre qu’une société peut aussi être en équilibre sous deux « phases » constituées de populations distinctes: une population de gens riches et une population de gens pauvres. Par analogie avec la condensation de la vapeur, on peut parler de « condensation des richesses ».

Initialement réparties suivant une loi de puissance, dite loi de Pareto, les richesses se concentrent sur une partie de plus en plus réduite de la population. Une minorité de gens riches deviennent de plus en plus riches tandis qu’une majorité de gens pauvres s’appauvrissent encore davantage. On trouvera une bonne description de ce processus actuel dans le livre de Juan Branco « Crépuscule ». Par analogie avec la condensation des fluides, on peut assimiler la population aisée aux molécules d’une phase gazeuse dans laquelle elles jouissent d’une grande liberté. À l’opposé, les gens pauvres sont soumis à de fortes contraintes comme le sont les molécules dans une phase liquide.

Au fur et à mesure qu’on descend la falaise de Sénèque, la population pauvre s’accroît tandis que la richesse se condense aux mains d’un nombre de plus en plus réduit d’individus. La consommation de l’ensemble tendant à diminuer, la production finit par s’effondrer. Une telle situation ne peut être que de courte durée. En biologie, une espèce disparait lorsque ses gènes ne sont plus adaptés à l’environnement. En sociologie, une société s’effondre lorsque sa culture n’est plus adaptée à l’environnement. On doit donc s’attendre à un changement rapide de la culture dominante. À quoi ressemblera la nouvelle culture qui surgira de la société?

On sait que les petits mammifères existaient bien avant la disparition des dinosaures. On peut penser que, de même, la culture future de nos sociétés est déjà là. Elle attend simplement l’effondrement de notre société actuelle pour s’étendre à la société toute entière. Les critiques de la société actuelle ne manquent pas, mais elles viennent rarement des gens riches qui profitent de la situation. Par contre, elles prennent de l’ampleur parmi la classe défavorisée. Encore très désorganisée, celle-ci cherche à s’organiser. On le voit avec l’apparition du mouvement des gilets jaunes. On parle aussi de référendum d’initiative populaire.

Le principal obstacle est le manque d’instruction des classes défavorisées. J’ai décrit l’effondrement du système éducatif dans mon billet 125. Une population d’individus sans instruction n’a pas les capacités nécessaires pour s’auto-organiser, tandis que ceux qui ont suffisamment de connaissances les utilisent à leur profit.

Le système éducatif ne s’est pas effondré par hasard. En 1985, le ministre de l’Education Nationale, J.P. Chevènement, donnait pour consigne « instruire d’abord ». Le Nouvel Observateur du 4 janvier 1985 a décrit la réaction à cette consigne comme celle à une déclaration de guerre. Avait-on oublié que « l’ascenseur social » n’avait pu fonctionner que grâce à une école qui instruisait ou ne voulait-on tout simplement plus d’ascenseur social?

Un renouveau de la société n’est possible que s’il est associé à un renouveau du système éducatif dans lequel l’éducation a pour but une meilleure organisation de la société. Un tel renouveau n’est possible qu’après effondrement de la société actuelle. Au lieu de servir à un enrichissement individuel, l’éducation doit permettre une meilleure organisation de la société. Il sera alors possible de passer d’une société de compétition à une société de coopération. Ce qui parait utopique aujourd’hui deviendra possible, mais ne ne le sera qu’après un effondrement de la société actuelle.

J’ai parlé dans mes précédents billets des cycles séculaires de Turchin et Nefedov (voir billet 90). Le même phénomène se reproduit au cours de chacun de ces cycles. Seule l’amplitude du phénomène varie d’un cycle à un autre. On parle d’effondrement de société lorsque la crise est de grande ampleur. Nos sociétés occidentales ont traversé une crise similaire pendant la première guerre mondiale. Il nous reste à espérer que la crise à venir ne conduira pas à une nouvelle guerre mondiale. Quoiqu’il arrive, elle conduira à une réorganisation majeure de la société, nécessairement semblable à celle que je viens de décrire.


140 – La théorie des équilibres ponctués

On doit au paléontologue américain Stephen Jay Gould et à son associé Niles Eldredge la constatation que l’évolution des espèces n’est pas uniforme dans le temps mais procède par sauts brutaux à des époques particulières. C’est la théorie dite « des équilibres ponctués ». Le physicien Per Bak a montré qu’elle est une conséquence du processus général de criticalité auto-organisée selon lequel les structures dissipatives s’organisent.

Cela signifie que l’évolution d’une société humaine suit un processus du même type que celui des espèces animales ou végétales. Il est intéressant de comparer leurs évolutions respectives. L’apparition d’une nouvelle espèce animale ou végétale serait l’équivalent de la naissance d’une société nouvellement organisée. Nous avons vu que cette dernière évolue en traversant quatre phases successives qualifiées de phase de dépression, d’expansion, de stagflation et de crises. Ce sont les phases des cycles de Turchin et Néfédov. Il semble qu’on retrouve effectivement ces mêmes phases dans l’évolution d’une espèce.

La phase de dépression correspondrait à la phase durant laquelle une nouvelle espèce apparait et s’installe dans sa niche écologique. Suit une phase d’expansion durant laquelle les membres de cette espèce se multiplient rapidement. Après avoir atteint une certaine valeur la population se met à stagner. C’est la phase de stagflation durant laquelle l’espèce modifie l’environnement à laquelle elle est adaptée. On entre alors dans la phase de crise durant laquelle, devenue inadaptée, l’espèce finit par s’éteindre pour être remplacée par une espèce mieux adaptée au nouvel environnement.

La similarité entre les deux processus montre qu’ils sont de même nature. Dans le cas des espèces animales ou végétales, l’information est mémorisée dans les gènes. Il s’agit d’une évolution génétique. Celle-ci est très lente et s’étale sur des millions d’années. Dans le cas des sociétés humaines, l’information est mémorisée dans le cerveau et se transmet par la parole et l’écriture. Il s’agit d’une évolution culturelle. Beaucoup plus rapide que l’évolution génétique, elle s’accomplit en quelques siècles. Ce sont les cycles séculaires de Turchin et Néfédov.

Les progrès dans les transports et les communications font que l’évolution culturelle s’est encore accélérée. La France d’aujourd’hui vit dans une société dont la culture s’est développée à la fin de la première guerre mondiale et dont les phases n’ont duré que 30 ans. Marquée par la grande dépression de 1929, sa phase de dépression s’étend de 1918 à 1948. Suit une phase d’expansion, connue sous le nom de « 30 glorieuses », allant de 1948 à 1978, puis une phase de stagflation parfois qualifiée de « 30 piteuses ». Elle s’étend de 1978 à 2008. La crise bancaire de 2008 marque le début d’une phase de crise qui devrait logiquement durer jusqu’en 2038.

C’est durant sa phase de crise qu’une société s’effondre. L’effondrement correspond à ce que j’ai appelé la « falaise de Sénèque » une appellation suggérée par l’italien Ugo Bardi (voir la figure du billet 93). Cette falaise correspond au palier de condensation des thermodynamiciens. Elle se situe donc au milieu de la phase de crise. Si on applique ce résultat à la société française actuelle, on doit s’attendre à ce que celle-ci s’effondre en 2023, soit à la fin du présent mandat présidentiel. Je laisse mes lecteurs juger de la pertinence d’une telle prédiction.

À quoi doit-on s’attendre concrètement? La comparaison avec la fin des espèces végétales ou animales nous met sur la voie. Celles-ci s’éteignent lorsque leurs gènes ne sont plus adaptés à l’environnement. Dans le cas d’une société humaine, c’est sa culture qui n’est plus adaptée à l’environnement. C’est bien le cas de la société actuelle, société de compétition dont la principale source d’énergie, le pétrole, s’épuise et dont l’activité modifie le climat.

De même que la théorie des équilibres ponctués laisse prévoir une évolution rapide des gènes à des époques très particulières, de même elle laisse prévoir une évolution très rapide de la culture à des époques très particulières. J’ai suggéré que notre société actuelle allait s’effondrer en 2023. Cela implique une fin brutale de la culture dominante présente. On pourra alors espérer voir enfin rapidement s’étendre une nouvelle culture, beaucoup moins portée vers la croissance économique et beaucoup plus orientée vers la préservation de l’environnement.


139 – La déconnomie.

C’est le titre d’un livre écrit par l’économiste Jacques Généreux [1]. Il est plaisant d’y voir ridiculiser les théories économiques sur lesquelles reposent nos sociétés actuelles, par un économiste lui-même…

On sait qu’à partir des années 80, l’économie des pays avancés est entrée en phase de stagflation. Ce livre nous explique comment les économistes de ces pays se sont mis majoritairement d’accord en faveur d’une théorie économique, dite néoclassique, enseignée dans nos universités. Due au français Léon Walras (1834-1910), cette théorie repose sur la notion d’équilibre général. Walras a montré mathématiquement qu’en cas de concurrence parfaite chaque marché pris isolément est l’élément de base d’un vaste marché général où la richesse sociale se vend et s’achète. On y retrouve la notion de concurrence libre et non faussée. Inscrite dans la constitution européenne, elle est sensée remédier à la situation.

Jacques Généreux traite cette théorie de déconnomie néoclassique. Elle suppose en effet des producteurs parfaitement rationnels: l’anticipation de la demande ou l’humeur des agents n’y joue aucun rôle. L’auteur rappelle l’importance de ces facteurs subjectifs, largement mis en évidence par Keynes. En fait, la situation est encore plus grave que ce que pense Jacques Généreux. N’étant pas physicien, il n’en parle pas. C’est pourquoi il me parait nécessaire d’en dire ici un mot.

Que ce soit de la nourriture ou du pétrole, toute société humaine brûle un combustible pour produire de la chaleur qu’elle convertit ensuite en énergie mécanique. Comme une machine à vapeur, elle obéit aux lois de la thermodynamique. On comprend que Walras ait pu ignorer les lois de la thermodynamique, une science encore récente à son époque, ainsi que les progrès de la biologie qui ont suivi, mais qu’on les ignore encore de nos jours parait assez surprenant. Cela montre à quel point l’économie est déconnectée des autres disciplines. Aujourd’hui, tout physicien sait qu’en thermodynamique, l’équilibre c’est la mort. Une théorie économique qui recherche un équilibre général ne peut donc décrire qu’une société qui recherche la mort…

Les lecteurs de ce blog savent depuis longtemps qu’une société humaine est une structure dissipative. Celle-ci s’auto-organise pour dissiper l’énergie. Comme toute structure dissipative, elle est nécessairement hors-équilibre et ne peut subsister qu’en effectuant des cycles de transformations. Des économistes tels que Kondratiev ont observés et décrits ces cycles, sans savoir qu’ils caractérisent un état stationnaire hors-équilibre. J’encourage les lecteurs de ce blog à expliquer à leur entourage que la constitution européenne, c’est aussi de la déconnomie de ce point de vue là. Je crains malheureusement que si un de mes lecteurs tente de l’expliquer à un économiste, il lui sera répondu qu’il n’y connait rien parce que ni lui, ni moi-même, ne sommes des économistes…

[1] Jacques Généreux, La déconnomie, Éditions du Seuil, 2016 et 2018.


138 – La dissipation d’énergie et le tas de sable de Per Bak

J’aimerais revenir sur une notion de physique essentielle mais souvent très mal comprise du public, celle de dissipation d’énergie. Dans le langage courant, on entend souvent parler de « consommation » d’énergie. Pour un physicien, l’énergie est un invariant: elle ne peut ni se créer ni se perdre. On ne peut donc pas la « consommer ». À la place du verbe consommer, les physiciens préfèrent le verbe « dissiper »: l’énergie se dissipe comme la fumée se dissipe dans l’air. Elle est toujours là, mais elle devient beaucoup plus difficile à récupérer.

Pour mieux décrire la dissipation d’énergie, les physiciens ont été amenés à introduire un nouveau concept, celui d’entropie. Dissiper l’énergie, c’est produire de l’entropie. On a longtemps comparé la notion d’entropie à celle de désordre. De même qu’on récupère mieux ses outils dans un atelier en ordre, de même on récupère mieux l’énergie dans un milieu de faible entropie.

Un gros progrès a été accompli au 20ème siècle, lorsque les physiciens ont montré l’équivalence entre la production d’entropie et la perte d’information. On peut en effet récupérer ses outils dans un atelier en désordre si l’on sait où ils sont. De la même façon, dissiper de l’énergie c’est perdre de l’information sur la position et la vitesse des molécules. Lorsque cette information est perdue, l’énergie est sous forme de chaleur. D’une façon générale, les physiciens ont montré qu’effacer de l’information produit un dégagement de chaleur.

Cependant, une difficulté conceptuelle subsiste: qu’est-ce que l’information? On a tendance à penser que l’information c’est ce que l’on sait, c’est-à-dire ce qui est mémorisé dans notre cerveau, c’est-à-dire une grandeur subjective. Chacun sait aujourd’hui que l’information peut aussi être mémorisée dans un ordinateur, ou plutôt dans la partie d’un ordinateur qu’on qualifie à juste titre de « mémoire ». L’information devient alors une grandeur objective, mesurable en « bits ». Ainsi, dissiper de l’énergie, produire de l’entropie, ou effacer de l’information sont des expressions synonymes.

Revenons maintenant sur la notion de structure dissipative. Une structure dissipative s’auto-organise spontanément pour dissiper l’énergie. C’est le cas par exemple d’un être vivant mais aussi d’une société humaine. Les physiciens disent qu’ils diminuent leur entropie interne pour produire de l’entropie. On peut dire aussi qu’ils mémorisent de l’information pour pouvoir ensuite en effacer.

Une application intéressante de ces notions est son application à la monnaie. Celle qu’on possède est généralement mémorisée sur un compte en banque. Elle porte alors le nom de capital. Avoir un capital permet de dépenser de l’argent appelé aussi monnaie. Dépenser de l’argent, c’est effacer de l’information sur un compte en banque. Cette information effacée correspond bien à ce que nous consommons, c’est-à-dire à de l’énergie qui nous dissipons. Ainsi les flux monétaires mesurent les flux d’énergie dissipée dans une société.

Nous avons vu que le physicien danois Per Bak compare l’information mémorisée à un tas de sable. Lorsque la pente de ce dernier atteint une taille critique, on observe la formation d’avalanches. Celles-ci représentent de l’information qui s’efface, c’est-à-dire des flux d’énergie qui se dissipe. Thomas Piketty (1) a montré que, depuis un siècle, nos sociétés accumulent du capital, comme on accumule du sable sur un tas de sable. On comprend qu’on arrive aujourd’hui à une époque propice aux avalanches, ce qui conforte la conclusion du billet précédent.

(1) Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle (Seuil).


137 – Dépression et stagflation

Il est clair que nos gouvernements ignorent tout des cycles économiques. Conformément au principe de dissipation maximale d’énergie, leur but est de maximiser la croissance économique. Or ceci n’est possible que durant une phase très particulière des cycles économiques: la phase d’expansion. Que faire durant les autres phases?

En dehors des phases de crises sur lequel je reviendrai, on constate une simple stagnation de l’économie. Cela se produit durant deux cas très différents que beaucoup d’économistes ont tendance à confondre: les phases de dépression et les phases de stagflation.

Le cas des phases de dépression est aujourd’hui le mieux compris grâce à l’analyse qu’en a fait l’économiste anglais John Maynard Keynes. L’explication en est très simple. Les phases de dépression suivent les phases de crise, comme la dépression de 1929 a suivi la première guerre mondiale. Un simple examen de la figure du billet 107, reproduite ici, montre que la demande économique y est forte mais, du moins au départ, l’offre y est faible.

L’explication qu’en a donnée Keynes est que, traumatisés par les crises qui ont précédé, les investisseurs hésitent à placer leur argent dans de nouveaux développements qu’ils jugent toujours risqués. Le remède proposé par Keynes est d’encourager les investisseurs, notamment par les actions gouvernementales. Cette politique, dite keynésienne, a facilité le passage de la phase de dépression d’avant guerre à la phase d’expansion observée après la dernière guerre mondiale.

Depuis 1978, l’économie stagne de nouveau. Certains économistes ont proposé d’appliquer à nouveau une politique keynésienne, mais on s’est vite aperçu que cela ne marchait plus. Un simple coup d’œil à la figure ci-jointe montre que la situation est en effet très différente. Nous ne sommes plus dans une phase de dépression, mais dans une phase de stagflation. L’offre y est importante, mais la demande est en chute libre. Inutile donc d’encourager l’offre: le problème vient de la demande.

Celle-ci ne cesse de diminuer parce qu’une partie grandissante de la richesse est capitalisée par une fraction de plus en plus faible de la société. C’est le résultat de ce qu’on appelle le capitalisme financier. La richesse s’accumule comme le sable sur le tas de sable de Per Bak ou la neige en montagne. On sait comment cela se termine: le tas de sable ou de neige fini par s’effondrer. C’est la phase de crises que nous traversons maintenant. Les montagnards disent que le temps est propice aux avalanches.


Il est curieux de voir que nos gouvernements, comme les économistes qui les conseillent, sont totalement inconscients des processus que je viens de décrire. On ne peut qu’en prédire les conséquences, d’où le sujet de mon billet précédent.


136 – Peut-on prédire l’avenir?

C’est le titre de la première section du chapitre 15 de mon livre sur la thermodynamique de l’évolution. J’ai donc déjà donné ma réponse à cette question: on peut prédire un temps propice aux avalanches, mais pas une avalanche particulière. De même, on peut prédire une époque propice aux crises, mais pas une crise particulière.

Notre compréhension de la dynamique de l’atmosphère terrestre, notamment celle des cyclones et des anticyclones, nous permet de faire des prévisions météorologiques réalistes, au moins à court terme. De même, notre compréhension nouvelle des cycles économiques, à travers des recherches comme celles de Gerhard Mensch (billet 109), ou celle des cycles historiques, grâce aux travaux de Turchin et Nefedov (billet 90), devrait nous permettre de prévoir l’évolution des sociétés humaines à l’échelle de quelques dizaines d’années. Toute science progresse en faisant des prédictions qui sont ensuite vérifiées ou non par l’expérience. Dans le cas d’une société humaine, la vérification des prédictions demandera du temps, mais cela ne doit pas nous empêcher de les faire aujourd’hui, laissant aux jeunes générations le soin de les vérifier ensuite.

Si les prévisions qui suivent s’avèrent justes, cette vision s’en trouvera confortée et pourra servir de base à une meilleure compréhension des sociétés humaines. Il s’agit bien sûr de prévisions statistiques. Je parlerai de probabilité de crise comme on parle de probabilité de pluie ou de beau temps. Dans tous les cas, il est utile de faire des prévisions. Celles-ci concernent les pays occidentaux et plus particulièrement la France, sachant que son évolution est intimement liée à celle de ses pays voisins.

Il faut tout d’abord bien comprendre qu’une société n’a pas de période propre. Elle décrit des cycles de Carnot semblables à ceux d’une machine thermique. Plus elle dissipe d’énergie, plus la machine tourne vite. Ceux de mes lecteurs qui ont un compte-tour sur leur voiture savent que plus ils appuient sur l’accélérateur plus leur moteur tourne vite. Il en est de même des sociétés humaines. Plus elles dissipent de l’énergie plus les cycles qu’elles décrivent sont courts. Turchin et Néfédov donnent des exemples de cycles historiques d’une durée de plusieurs siècles. Pour l’historien Giovanni Arrighi (3), nos sociétés actuelles décrivent des « longs siècles » d’à peine plus de cent ans. Cela montre que nous dissipons plus d’énergie qu’autrefois. Cela semble clair si l’on songe à l’usage croissant que nous avons fait de la houille puis du pétrole.

La figure de Thomas Piketty reproduite sur mon billet 118 montre que les économies européennes se sont effondrées en 1910. Il s’en est suivI la première guerre mondiale. Il est donc naturel de faire commencer un nouveau cycle en 1918. On peut le décomposer en 4 phases de 30 ans chacune. Selon la nomenclature de Turchin et Néfédof, la première phase, dite de dépression irait de 1918 à 1948. Elle comprend la grande dépression de 1929. Connue sous le nom de 30 glorieuses, la phase d’expansion irait de 1948 à 1978. Vient ensuite la phase de stagflation, marquée par la venue au pouvoir de Ronald Reagan aux U.S.A. et de Margaret Thatcher en Angleterre. Cette phase s’étend de 1978 à 2008. La crise bancaire de 2008 marquerait le début de la phase de crise.

Comme pour les trois premières phases, on s’attend à ce que la phase de crise dure 30 ans. Elle irait donc de 2008 à 2038. Vers le milieu de cette phase, on peut s’attendre à un effondrement économique important. L’italien Ugo Bardi le qualifie de falaise de Sénèque. Centré sur l’année 2023, cet effondrement pourrait avoir lieu vers la fin du mandat présidentiel français actuel. Il nous faudra toutefois attendre l’année 2038 pour voir arriver la fin des crises.

Reproduite de nouveau ici, la figure du billet 117 nous permet d’apporter des précisions supplémentaires. Une phase de crise part d’une société inégalitaire en phase de stagflation (haut de la figure). Les gouvernements essayent de maintenir la production mais les divergences d’opinion s’affrontent. Les seuils élevés des connexions du réseau neuronal rendent difficile tout accord de sorte que les gouvernements deviennent de plus en plus autoritaires (coté droit de la figure). Il s’en suit de nombreux conflits (crises).

Comme nous l’avons vu, on s’attend à ce que la production économique s’effondre vers la fin du mandat présidentiel actuel: c’est la chute du haut de la falaise de Sénèque. Un effondrement de la production implique une régression: on observera alors un retour à des pratiques plus traditionnelles (voir en bas et à droite de la figure). Dans un monde dominé par la compétition, chacun redécouvrira les mérites de la coopération. Les seuils élevés des connections du réseau neuronal font qu’une coopération restera difficile à établir, mais lorsque celle-ci s’établira, elle persistera. Peu à peu l’intensité des connections du réseau augmentera (bas de la figure), mais les seuils élevés des connections empêcheront toujours le réseau de « percoler ». L’économie restera en panne.

Ce n’est que dans la phase suivante, dite phase de dépression, que les seuils commenceront à baisser, permettant à l’économie de reprendre. La société redeviendra alors plus égalitaire, mais cela ne se produira pas avant 2038. Je ne serai plus là pour le voir, mais la plupart de mes lecteurs, actifs aujourd’hui, pourront le vérifier. Si ma description correspond à ce qu’ils observent, alors la vision théorique présentée ici en sortira confortée et un pas important sera franchi dans notre compréhension de l’évolution de nos sociétés.


135 – Effondrement et mécanique statistique

J’aimerais revenir ici au véritable sujet de ce blog à savoir le lien entre l’évolution des sociétés et les lois de la mécanique statistique.

Comme toute structure dissipative, nos sociétés décrivent des cycles, que l’historien Giovanni Arrighi (2) qualifie de « longs siècles », séparés par des effondrements brutaux. Les analyses statistiques de Thomas Piketty (3) montrent qu’en Europe, le dernier effondrement a eu lieu entre 1910 et 1918. Commence alors un long XXème siècle que l’on peut diviser en 4 phases de 30 ans chacune.

Si l’on garde la nomenclature de Turchin et Nefedov, la première phase est une phase de dépression. Elle s’étend de 1918 à 1948 et comprend la grande dépression de 1929. La seconde phase est une phase d’expansion. Qualifiée de « 30 glorieuses », elle s’étend de 1948 à 1978. La troisième phase est une phase de stagflation. Elle s’étend de 1978 à 2008. La dernière phase est une phase de crises. Elle a commencé avec la crise bancaire de 2008.

Il est intéressant d’analyser l’évolution de l’école en fonction de la phase du cycle que la société traverse. L’histoire nous apprend que c’est en 1932, c’est-à-dire durant une phase de dépression, qui est aussi une phase de réorganisation de la société, que l’expression « instruction publique » a été remplacée par l’expression « éducation nationale ». L’histoire nous apprend aussi que c’est vers la fin d’une phase de croissance très rapide que l’éducation est entrée en crise avec les événements de mai 1968.

Une façon d’interpréter ces résultats est de consider une société humaine comme un ensemble d’individus échangeant de l’information, c’est-à-dire un réseau neuronal. L’écrivain américain Howard Bloom parle de cerveau global (global brain). Une société humaine serait un gigantesque cerveau dont les individus seraient les neurones.

Cela permet de comparer le cycle séculaire d’une société au cycle diurne de notre propre cerveau. La phase de dépression d’une société correspondrait à la phase de sommeil paradoxal du cerveau. C’est durant cette phase, bien analysée par Keynes, que la société « rêve » de ce qu’elle va faire mais n’agit pas. Il faut pour cela que la demande s’organise en vue du nouveau cycle qu’elle va traverser. Une incitation gouvernementale peut être nécessaire. Pour motiver la demande, l’instruction publique ne suffit pas, il vaut une véritable éducation nationale. C’est la transformation qu’on observe en 1932. Cela ne suffit toujours pas. La société préfère les congés payés instaurés en 1936.

La phase suivante, dite phase d’expansion, est la phase durant laquelle la société, comme tout être vivant, passe à l’action. La seconde guerre mondiale semble avoir été l’élément déclencheur, le choc qui a incité la société à produire. Il devenait en effet nécessaire de tout reconstruire. On parle aujourd’hui des trente glorieuses. La guerre ayant été mondiale, un phénomène analogue se produit aux États-Unis. Pour faire face à la concurrence des États-Unis, l’Europe doit s’organiser. Apparait l’Union Européenne.

Comme tout organisme vivant, une société humaine se fatigue vite. En mai 1968, les jeunes s’insurgent contre la société sans pouvoir la changer. La production dépend de nos ressources pétrolières et il apparait de plus en plus clairement que celles-ci s’épuisent. En 1973, le prix du pétrole fait un bon en avant. La croissance ralentit et tout le monde s’interroge sur la politique à suivre. En 1978, les pays arabes signent un traité avec Israël. Ce sont les accords de Camp David. Ils marquent la fin de la phase d’expansion.

Ayant épuisé une grande partie de leurs ressources, les pays développés doivent prendre une décision: ralentir leur activité ou continuer à produire coûte que coûte. Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher en Angleterre apportent leur réponse: continuer coûte que coûte. Il n’y a pas d’alternative (TINA: there is no alternative). L’Europe continentale s’est sentie obligée de suivre. C’est alors que, faute de ressources suffisantes, nos sociétés avancées entrent dans une phase de stagflation.

Épuisé, le cerveau global de la société peine devant l’effort. Il aimerait prendre du repos et s’endormir, mais il est condamné à rester éveillé. Formatées par les anciennes cellules, les jeunes doivent rester actives. Elles se rebellent: c’est la crise de l’éducation. On sait comment une insomnie se termine. Épuisé, le cerveau fini par s’endormir. Dans le cas d’une société on parle d’effondrement économique. C’est ce qui nous attend.

(1) Peter Turchin and Sergey A. Nefedov. Secular cycles, Princeton (2009).
(2) Giovanni Arrighi, The Long Twentieth Century, Verso (2010).
(3) Thomas Piketty. Le capital au XXIème siècle, Seuil (2013). Graphique I.2. (p. 54).
(4) François Roddier, De la thermodynamique à l’économie, Parole (2018).


134 – Effondrement et éducation (suite)

J’ai voulu teinter mon dernier billet d’une note d’optimisme. Mal m’en a pris, vu les réactions de mes lecteurs. Certes, l’éducation n’est plus ce qu’elle a été, notamment avant la dernière guerre. À cette époque, on ne parlait pas d’éducation mais d’instruction publique. Il s’agissait de transmettre des connaissances universelles admises par tous.

Depuis les temps ont bien changé. Durant les « 30 glorieuses », l’instruction allait de soi et personne ne songeait à la modifier. C’est pourtant à cette époque qu’on a remplacé le mot « instruction » par le mot « éducation ». Vers la fin des années 70, notre société est entrée dans sa phase de stagflation. C’est alors que, chargée «d’éduquer», l’école est devenue une formation au système capitaliste.

En fait, le vers était déjà dans le fruit. Je peux, à ce sujet, citer ma propre expérience. Intéressé par l’astronomie j’ai, par vocation, choisi de préparer l’école normale supérieure. En entrant à l’école, les normaliens s’engagent à servir l’État français pendant dix ans, sous peine d’avoir à rembourser leurs études. Dès cette époque cependant, j’ai vu des entreprises embaucher des normaliens en payant leurs études. De nos jours on ne compte plus ceux qui travaillent dans les banques. Que peut-on espérer d’une nation si ceux qui sont formés pour éduquer, s’en vont dans le secteur privé?

Il est aussi devenu de plus en plus clair que, si le système capitaliste est capable de former des gens instruits, il forme aussi des analphabètes. C’est une machine à former des inégalités aussi bien culturelles que sociales. Ce phénomène est connu en physique sous le nom de « condensation au point critique » ou « d’opalescence critique ». Les pauvres se séparent des riches comme le liquide se sépare de la vapeur. Il en est de même des gens instruits et des analphabètes. Les classes moyennes s’effondrent.

La liste de livres qui termine mon dernier billet montre que beaucoup s’en sont aperçus et ont réagi. Le but de ce billet était d’introduire une lueur d’espoir. Étant à la retraite, j’ai du mal a juger s’il y a progrès, mais je suis conscient que beaucoup reste à faire. Je ne citerai ici qu’une anecdote.

Dans le village du midi ou j’habite de nombreux consommateurs sont, comme moi, sensibles au gluten. Conscient du problème, un des boulangers fait du pain au levain naturel. Un jour où la boulangère tenait la caisse, j’ai proposé de lui faire cadeau d’un exemplaire de mon livre « Le pain, le levain et les gènes ». À ma grande surprise elle a, très gênée, refusé. J’en ignore les raisons. Qu’elle ait des difficultés à lire ou simplement pas le temps, il est dramatique de voir qu’aujourd’hui certaines personnes renoncent à acquérir tout nouveau savoir. J’espérais moi-même en apprendre d’elle. Je remarque aussi que ma boulangère a eu beaucoup de mal à trouver une caissière sachant rendre la monnaie et que beaucoup de boulangers s’équipent de machines pour cela…

La situation n’est donc pas brillante. Quand mes lecteurs proposent des vidéos montrant Emmanuel Todd mettre en doute la supériorité intellectuelle des gens éduqués, ils ont sans doute raison, mais le problème n’est pas là. Peut-on avoir vraiment une opinion si on ne sait ni lire, ni écrire, ni compter? Ayant vécu 16 ans aux États-Unis, je peux témoigner que, dans certains États, la situation y est pire. Je vois beaucoup d’étrangers s’étonner du mouvement des gilets jaunes. Ce mouvement prouve qu’au moins en France un certain nombre de gens savent encore réfléchir et, pour cela, il faut pouvoir lire, écrire et compter. D’où ma précédente note teintée d’optimisme…


133 – Effondrement et éducation

Comme je le montre dans ce blog et je l’explique dans mon nouveau livre « De la thermodynamique à l’économie », un effondrement économique est un processus naturel. Toute économie traverse nécessairement des phases de crise. L’amplitude des crises est inversement proportionnelle à leur fréquence. La question est de savoir quelle va être l’amplitude de la prochaine crise.

Dans mon précédent billet, j’ai expliqué que l’effondrement est un phénomène culturel. Comme toute structure dissipative, une société mémorise de l’information. En dissipant l’énergie, elle fait évoluer son environnement. Lorsque l’information qu’elle mémorise n’est plus adaptée à son nouvel environnement, sa culture est devenue inadaptée et la société s’effondre. Une société mémorise l’information à travers l’éducation de ses enfants. Il n’est donc pas surprenant que l’effondrement d’une société soit lié à l’effondrement de son système éducatif (billet 125). Il est intéressant de voir comment ce système évolue le long d’un cycle séculaire, tel qu’il est décrit sur la figure du billet 117.

Une société se réorganise durant sa phase de dépression. Notre société a traversé une telle phase entre 1918 et 1939, c’est-à-dire entre les deux guerres mondiales. On y a multiplié les écoles normales d’instituteurs où l’éducation était excellente. Les instituteurs ainsi formés ont éduqué la génération qui a suivi et dont je fais partie. J’ai sur mon bureau un livre, intitulé leçons de sciences, datant de cette époque. Il décrit les matières enseignées pour le certificat d’études. Je souhaiterais que tous les jeunes qui passent aujourd’hui le baccalauréat aient ce minimum de connaissances!

La phase qui a suivi porte le nom de phase de croissance. On la désigne souvent sous le nom de « baby boom ». Nos enseignants ont été pris de court. Ils n’étaient plus assez nombreux. Vingt ans plus tard, les jeunes de cette époque sont arrivés à l’université. Il a fallu créer d’urgence des universités nouvelles, comme l’université de Nice à laquelle j’ai été nommé. On m’a demandé de pourvoir des postes d’assistants. J’ai eu beaucoup de difficultés à trouver des candidats!

Les amphithéâtres étaient pleins et les étudiants pas très satisfaits. Ils le manifestèrent en mai 68. On les a formés comme on a pu. Quelques années plus tard, cette marée d’étudiants s’est retrouvée demandeuse d’emploi. Inutile de dire que les sources d’emploi se sont rapidement taries. La société est alors entrée dans sa phase de stagflation. C’est ainsi que des étudiants, formés à la hâte, se sont retrouvés dans une société de chômeurs, une situation pas très enviable.

Vers la fin des années 70, cherchant à améliorer l’emploi, l’état français a décidé qu’il fallait adapter le programme des enseignements aux besoins des employeurs. L’école a alors subi ne transformation en profondeur. Avec l’abandon du latin, puis de la géométrie dans les classes des CES, l’enseignement d’un raisonnement logique a été reporté en terminale. Le remplacement des maths classiques par les « maths modernes » s’est traduit par l’apprentissage d’un vocabulaire nouveau et ésotérique. Le cursus scolaire de toutes les matières a été allégé.

Parents et professeurs ont été pris par surprise. Il a fallu attendre les années 80 pour que des livres aux titres évocateurs apparaissent. J’en donne une liste en note. Pour une analyse très complète du problème de l’école en Europe, je conseille les publications de Nico Hirt. En 1999, un film documentaire « Le cartable de big brother » (https://www.dailymotion.com/video/xjyhfp) de F. Gillery montre clairement le lien entre l’école et les grands patrons (https://www.liberation.fr/medias/1999/01/30/france-3-samedi-22h30-le-cartable-de-big-brother-documentaire-les-patrons-font-l-ecole-numerique_262578).

Comme on pouvait s’y attendre, le résultat des réformes n’a pas été à la hauteur des espérances. En nombre croissant les étudiants se sont tournés vers les écoles de commerce et la finance, tandis que la qualité de nos ingénieurs était en chute libre. Plus personne ne voulant enseigner, la qualité de nos enseignements a continué de se dégrader. On est entré dans la phase de crise.

La constatation la plus importante est que nous nous en sommes rendu compte. Depuis quelques années l’école a de nouveau évolué. Les savoirs fondamentaux commencent à être réhabilités. De même que lorsque l’hiver va être très froid les animaux mettent à l’avance un pelage d’hiver adapté à la saison future, l’école actuelle préfigure celle de demain.

J’en veux pour preuve le livre de Pierre Léna, un ami de longue date avec lequel j’ai fait mes études: «Enseigner, c’est espérer, plaidoyer pour l’école de demain» (2012) où il décrit son projet «la main à la pâte», une façon plus concrète d’enseigner les matières scientifiques. Dans «Faire l’expérience des mathématiques» (2010) M. Maurel et C. Sackur présentent leur analyse des difficultés qu’éprouvent les élèves devant l’enseignement des mathématiques.

J’en veux aussi pour preuve l’opinion d’une universitaire et journaliste américaine bien connue Diana Johnstone (http://www.unz.com/article/french-democracy-dead-or-alive/) que l’on peut traduire ainsi: « Quoiqu’on se lamente du déclin du système scolaire, le peuple français est aussi raisonnable et bien éduqué qu’on peut l’espérer. S’il est incapable de démocratie, alors aucune démocratie n’est possible. »

Pour ma part, j’ai enseigné pendant 18 ans à l’université de Nice avant de me consacrer plus complètement à la recherche. Depuis que je suis à la retraite, j’ai publié trois livres, tous chez le même éditeur et dans la même collection. Elle a pour titre: « le temps d’apprendre ».

L’Histoire nous apprend que l’éducation s’est effondrée après la chute de Rome, pas avant. Il est courant aujourd’hui de parler d’effondrement de la société. Le fait même qu’on en parle montre que nous sommes conscients du danger. L’effondrement d’une société n’est pas une fatalité: tout dépendra de la manière dont nous réagissons, et cela dépend de notre éducation.

Bibliographie:

« Le poisson rouge dans le Perrier » de J.P. Despin et M.C. Bartholy (1983),
« Voulez vous vraiment des enfants idiots? » de M. Maschino (1984),
« L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes » de J.C. Michéa (1999),
« Les nouveaux maîtres de l’école, l’enseignement européen sous la coupe des marchés » de N. Hirt (2002),
« La fabrique du crétin, la mort programmée de l’école » de J.P. Brighelli (2005),
« La débâcle de l’école, une tragédie incomprise » de L. Lafforgue et L. Lurçat (2009),
 « Faire l’expérience des mathématiques, entre enseignement et recherche » de M. Maurel et C. Sackur (2010),
« Enseigner, c’est espérer, plaidoyer pour l’école de demain » de P. Léna (2012).