10 réflexions au sujet de « 68 – Thermodynamique des sociétés humaines »

  1. Bonjour Monsieur Roddier,

    Je suis professeur de français dans l’enseignement secondaire. Loin de la science donc.
    Dans mon enseignement, je me rends compte que j’ai particulièrement besoin de la thermodynamique pour comprendre comment enseigner.

    Votre livre Thermodynamique de l’évolution est pour moi une petite merveille. Merci pour vos réflexions (ce livre et votre blog) et vos conférences vues sur internet.

    Depuis deux ans, je lis et relis votre livre.
    Or il s’avère que je ne comprends pas une phrase qui fait s’effondrer (point critique) toute ma compréhension de l’entropie.
    Vous écrivez page 50 :
    « La 3ème loi de la thermodynamique implique que l’Univers s’auto-organise de façon à maximiser son taux de production d’entropie. il créé des structures dissipatives capables de produire de l’énergie libre et de dissiper cette énergie de plus en plus efficacement »
    De même page 115 :
    « Si en biologie, la sélection naturelle s’applique aux gènes, en sociologie, elle s’applique à la culture. Elle favorise la ou les civilisations qui dissipent le plus d’énergie. (…) Comme toutes les structures dissipatives, elles s’auto-organisent en s’adaptant à leur environnement pour maximiser la production d’entropie ».

    Je comprends (ou je comprends mal) que l’entropie c’est la dissipation de l’énergie c’est à dire de la perte, du déchet, ce qui ne peut être transformé en travail.
    Dans ce que vous écrivez je comprends le contraire. Quand vous écrivez « maximiser la production d’entropie », je comprends qu’un système qui fonctionne le mieux est celui qui parvient à obtenir le plus de déchets. Je crois que je ne comprends pas le mot « maximiser » et je ne parviens pas à trouver dans votre livre une explication claire pour moi qui ne suis pas du tout scientifique. De même quand vous écrivez « dissiper cette énergie de plus en plus efficacement », je vois une contradiction avec l’énergie libre. Je croyais que l’augmentation de l’entropie entrainait une diminution de l’énergie libre donc du travail donc moins d’efficacité.

    Pour moi il faudrait minimiser la dissipation ; diminuer l’entropie…

    En fait j’en suis arrivé à tout confondre et je ne parviens plus du tout à comprendre.
    D’où mon désarroi.

    Pourriez-vous m’éclairer davantage ?

    En vous remerciant chaleureusement

    Christian den Hartigh

    1. Vous n’êtes pas le seul à avoir des difficultés. Merci pour ce commentaire qui me donne l’occasion de préciser ici ces notions. Il est essentiel de bien distinguer l’intérieur d’un système thermodynamique de son extérieur, par exemple l’intérieur d’une structure dissipative de son environnement extérieur.

      Une structure dissipative est constamment traversée par un flux d’énergie. Plus ce flux est important, plus la structure s’auto-organise c’est-à-dire diminue son entropie (ou désordre) interne, mais aussi plus elle produit d’entropie. Pour maintenir son état ordonné (d’entropie faible), elle doit constamment évacuer l’entropie qu’elle produit vers son environnement. Ainsi une structure dissipative diminue son entropie interne tout en augmentant son entropie externe.

      Un bon exemple de structure dissipative est l’humanité. La découverte des énergie fossiles a considérablement augmenté la quantité d’énergie que l’humanité dissipe. Pour ce faire, l’humanité a dû s’organiser (accords internationaux sur le commerce et l’industrie). Cette organisation (ou diminution d’entropie interne) s’est faite au dépens de l’environnement qui s’est désorganisé (augmentation de l’entropie externe): épuisement des énergies fossiles, extinction massive d’espèces animales et végétales, réchauffement climatique sans précédent.

  2. Malheureusement ignorant de la plupart de ces notions, mais néanmoins mis en éveil par votre conférence, je suis particulièrement intrigué par la notion d’invariance d’échelle liée à l’opalescence critique, et me demande quelle équivalent de cela on pourrait voir dans les fonctions psychiques de l’humain.

    1. Elle explique l’extraordinaire créativité de l’esprit humain, mais peut-être aussi les crises d’épilepsie. Les fluctuations de trop grandes amplitudes sont heureusement éliminées grâce à la faculté des systèmes dynamiques de synchroniser leur activité sur des événements périodiques extérieurs, comme l’alternance du jour et de la nuit pour le cerveau.

  3. Bonjour,

    Je découvre vos articles, billets et vidéos avec grand intérêt.

    Il me semble que si l’on veut appliquer ces théories aux sociétés humaines, il faut faire les bons choix d’échelles.

    Deux exemples :
    Les sociétés antiques, ou féodales sont des types de sociétés humaines particuliers. Le passage de la société antique à la société féodale, puis de la société féodale au capitalisme sont des transitions, des réorganisations globales de la société, un nouveau système apparaît et se déploie, détruisant l’ancienne société.

    Le capitalisme est un peu différent. Il évolue beaucoup plus vite et organise des transitions (crises régulières). Il est, comme un humain qui marche, en déséquilibre permanent, là où, les sociétés précédentes montraient, me semble-t-il, plus de stabilité.

    Idem sur le champ géographique. Les sociétés féodales et antiques, même grands empires, avaient un territoire. Les premières phases du capitalismes ont vu se construire des économies nationales concurrentes.

    Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il y a un processus de convergence mondial vers une économie unique. De nombreux produits, notamment technologiques, sont fabriqués dans moins de 10 usines mondiales et consommés dans tous les pays.

    Pensez-vous qu’on puisse décrire ces phénomènes de transition sociale (d’un mode de production à un autre) ou économique (fusion de plusieurs économies nationales, …) avec les outils que vous exposez ?

    1. Ces outils commencent à être utilisés avec succès par les biologistes. Ils s’appliquent tout autant à l’évolution des sociétés humaines. Les transitions économiques et sociales sont des changements d’organisation au même titre que les transitions de phase en physique. Elles ont des propriétés thermodynamiques semblables.

  4. 1. « Qui dit apparition d’ordre dit apparition d’information nouvelle, donc de phénomènes imprévisibles. »

    Qu’entendez-vous exactement par « ordre » ?

    2. « De sorte que l’information qu’elle mémorise devient assez vite obsolète. La structure dissipative a alors de plus en plus de mal à dissiper l’énergie.  »

    Peut-on voir l’information comme le moteur/l’énergie du phénomène dissipatif ?

    3. « C’est la sélection K. Elle favorise les espèces qui dissipent le plus d’énergie comme, par exemple, les grands arbres ou les grands mammifères. Mais ceux-ci modifient leur environnement qui va peu à peu évoluer. La sélection naturelle va alors favoriser les espèces non plus les mieux adaptées mais les plus adaptables, comme la savane ou les petits mammifères, celles qui sont capables de s’adapter le plus rapidement à un nouvel environnement. C’est la sélection r. »

    La sélection r favorisent donc ceux qui dissipent le moins d’énergie ?

    4. « Cela implique qu’elle restreigne sa dissipation d’énergie de façon à rester au voisinage du point critique. Malheureusement, la sélection naturelle tend à accroître sans cesse la dissipation d’énergie. Cela n’est donc possible que dans le cadre d’une société unique ayant pris conscience du processus. »

    Qu’entendez-vous exactement par « société unique » ?

    1. 1. L’ordre est une façon de mémoriser l’information: on met de l’ordre dans un atelier pour y retrouver les outils.

      2. L’information n’est pas le moteur, mais ce qui est mémorisé dans le moteur pour lui permettre de fonctionner.

      3. La sélection r favorise ceux qui évoluent le plus vite.

      4. Des individus forment une société unique s’ils ont un gouvernement commun.

  5. Cher Monsieur Roddier,
    Merci pour ce que vous nous donnez à comprendre de notre monde. Comment interpréter un dialogue (échange d’informations) avec autrui en termes de structures dissipatives ? Merci.

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